Anton Pannekoek (1873-1960), sans abandonner enti�rement la croyance en la nŽcessitŽ dÕune Ç philosophie marxiste È pour la lutte rŽvolutionnaire du prolŽtariat moderne, se rend parfaitement compte de ce que le matŽrialisme lŽniniste est absolument impropre ˆ cette t‰che. Tout au plus peut-il servir de base idŽologique ˆ un mouvement qui nÕest plus Ç anti-capitaliste È mais Ç anti-rŽactionnaire È et Ç anti-fasciste È, celui que les partis communistes du monde entier ont lancŽ rŽcemment sous le nom de Ç front populaire È ou m�me de Ç front national È. Cette idŽologie lŽniniste, que professent aujourdÕhui les partis communistes et qui, en principe, est conforme ˆ lÕidŽologie traditionnelle du vieux parti social-dŽmocrate, nÕexprime plus aucun des buts du prolŽtariat. Selon Harper, elle est plut™t une expression naturelle des buts dÕune Ç nouvelle classe È : lÕintelligentsia. CÕest donc une idŽologie que les diverses couches de cette prŽtendue nouvelle classe seraient pr�tes ˆ adopter d�s quÕelles seront libŽrŽes de lÕinfluence idŽologique de la bourgeoisie en dŽclin. Traduit en termes philosophiques ceci veut dire que le Ç nouveau matŽrialisme È de LŽnine est devenu lÕarme principale des partis communistes dans leur tentative de dŽtacher une fraction importante de la bourgeoisie de la religion traditionnelle et des philosophies idŽalistes professŽes par cette couche supŽrieure de la bourgeoisie qui a, jusquՈ prŽsent, dŽtenu le pouvoir. Ce faisant les partis communistes esp�rent gagner cette fraction de la bourgeoisie au syst�me de planification industrielle, ˆ ce capitalisme dÕEtat qui, pour les ouvriers, nÕest quÕune autre forme dÕesclavage et dÕexploitation. Tel est, selon Pannekoek, le sens politique vŽritable de la philosophie matŽrialiste de LŽnine.
Ñ Karl KORSCH, Marxisme, , Anton Pannekoek| | 160PAGES